
Quand je ne me vois pas,
Je me réveille avec le plafond sur la poitrine,
Comme si le jour ne me devait rien,
Comme si la nuit s’invitait.
Je fais des pas dans ma tête
Et chaque couleur se divise.
J’ai des pourquoi dans la gorge,
Des peut-être dans mes rides.
Je regarde mes mains
Comme un homme qui lit son propre crime.
Tout ce que je touche se fragmente,
Tout ce que j’aime se déchire.
J’ai mis des masques sur mon âme,
J’ai confondu force et fuite.
Et quand je dis « ça va »,
C’est souvent mon vide qui m’imite.
Je compte les fautes, les silences,
Les hivers dans les regards.
Je crois que j’avance,
Mais je retombe au bord du même trottoir.
La vérité me fait peur
Parce qu’elle enlève les armures.
Et le mensonge, il me connaît par cœur,
Il me rassure.
Si je suis là, dis-moi pourquoi.
Pourquoi le ciel me tient debout
Mais tremble en moi ?
J’ai beau chercher une loi,
Je trouve surtout des nuits sans nom
Au fond de mes doigts.
Pourquoi je vis quand tout se casse ?
Pourquoi je vis si mon cœur s’efface ?
Pourquoi je vis ?
Dis-moi.
Dis-moi pourquoi je vis
Quand je ne me vois pas ?
Quand je ne me vois pas,
J’ai la tête pleine de tribunes
Mais le cœur sans parlement.
Chaque pensée fait du bruit
Comme une chambre dans le vent.
J’ai lu des livres pour savoir
Si l’âme a une adresse,
Mais les pages restent muettes
Quand la douleur me caresse.
Je suis un funambule,
Suspendu sur mes propres contradictions.
Je dis « je vais bien »
Avec la voix d’un homme en dissolution.
J’ai voulu plaire à tout le monde,
J’ai perdu mon propre nom.
À force de chercher une place,
J’ai bâti ma prison.
Et parfois, je me dis
Que l’espoir est juste une vitre propre
Qu’on nettoie avec des larmes
Pour mieux voir ce qu’on supporte.
J’ai peur d’être mon père,
Peur de répéter l’orage,
Peur d’aimer trop fort
Puis de laisser des ruines en héritage.
Si je suis là, dis-moi pourquoi.
Pourquoi le ciel me tient debout
Mais tremble en moi ?
J’ai beau chercher une loi,
Je trouve surtout des nuits sans nom
Au fond de mes doigts.
Pourquoi je vis quand tout se casse ?
Pourquoi je vis si mon cœur s’efface ?
Pourquoi je vis ?
Dis-moi.
Dis-moi pourquoi je vis
Quand je ne me vois pas ?
Quand je ne me vois pas,
J’ai parlé à mon reflet.
Il m’a dit :
« Reste encore, même brisé, même en sang.
Tu as le droit d’être encore. »
La douleur n’est pas un roi,
C’est un hôte qui s’en va.
Elle n’arrive pas pour les purs,
Elle arrive aux vivants.
Alors, j’avance avec mes ombres,
Je leur donne moins de pouvoir.
Je collectionne les secondes
Comme des preuves d’un devoir.
Peut-être vivre, c’est pas vaincre,
C’est tenir dans la tempête
Et faire de sa propre chute
Une phrase qui se relève.
Pourquoi je vis quand tout se casse ?
Pourquoi je vis si mon cœur s’efface ?
Pourquoi je vis ?
Dis-moi.
Dis-moi pourquoi je vis
Quand je ne me vois pas.






